Blog de Karine Lebrun

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vendredi 26 juin 2009

longue absence





J'ai déserté cet espace car je suis absorbée par la fabrication d'un film (entre autres choses) qui me prend beaucoup de temps et qui m'éloigne de l'écran. Cet abandon est cependant temporaire et je m'installe à nouveau au clavier.
En haut, à gauche, je suis harnachée d'un steadycam compressant douloureusement mon corps faisant supporter à mon dos une charge de quelques kilos. J'ai quatre bleus en haut des cuisses qui ne partent pas; le souvenir d'une semaine de tournage.
Je pense aux modèles de Nobuyoshi Araki.

samedi 9 mai 2009

faux amis



On m'a proposé il y a quelque temps de participer à un festival consacrer à la thématique des réseaux sociaux. Pour moi, l'occasion de développer ma manière d'appréhender ce buzz de l'an 2009. Le n°51 de la revue Mouvement, dont le dossier central est dédié au travail, note très justement, je cite :
Plus préoccupante encore est la manière dont un certain nombre d'activités qui ressortissaient jusqu'à présent de la sphère des loisirs sont en train de basculer dans le rayon de la vie professionnelle - dont les "réseaux sociaux", par exemple, risquent de conduire à envisager toutes nos relations en termes de "réseau", comme autant de sources potentielles de "valeur ajoutée". Car c'est finalement cela qui est en jeu, à travers le travail : notre rapport à l'autre.*
Cette idée était l'une des problématiques essentielles dans Le nouvel Esprit du capitalisme de Luc Boltanski et Eve Chiapello en 1999, à savoir comment reconnaître ses amis dans une société en réseaux ? Quels sont les vrais des faux ? C'est à dire ceux qui sont réellement désintéressés ? La société en réseaux provoque l'anomie des relations qu'augmentent les plateformes de réseaux sociaux. L'inaltérable exemple Facebook entretient bien cette confusion avec sa panoplie d'amis. Les usagers de telles plateformes différencient naturellement leurs amis de la vie courante avec le langage marketé de Facebook. Cependant, cette utilisation est symptomatique d'un glissement et d'une homogénéisation à dessein de la sphère privée et de celle du travail. L'emploi indifférencié de la plateforme à des buts professionnels ou amicaux tendent également à favoriser les porosités. Mais la véritable force de Facebook est fondée sur sa logique de réseau et donc sur une logique connexionniste. Pour en faire partie, il faut être connecté; on ne peut pas consulter les profils sans s'inscrire, ce qui incite toute personne souhaitant accéder au monde Facebook à créer à son tour un profil. Puis, la logique du réseau œuvre à huit clos; ce qui est valorisé, c'est le nombre d'amis. J'ai un ami en commun avec un ami d'un ami etc. Celui qui a beaucoup d'amis est alors considéré comme une personne importante. Plus encore, celui qui est ami avec une personne reconnue dans son milieu a toute les chances d'être recherché comme ami.
Argumentée dans le livre de Boltanski et Chiapello, l'organisation en réseau du travail, et aujourd'hui l'organisation en réseau de toutes les sphères de la société, est le nouveau mode d'organisation des entreprises dès le milieu des années 70. Le capitalisme renonce au modèle fordiste, dont le modèle hiérarchique est trop critiqué, au profit d'un modèle flexible et horizontal : le réseau.
J'étais très étonnée du point de vue d'une étudiante lors d'une conversation dans laquelle j'exprimais la différence qu'il y avait entre l'espace des réseaux sociaux et l'espace de la rencontre.
Je soulignais que la rencontre, même si elle pouvait avoir un but, n'entretenait pas l'espace d'intérêt des réseaux sociaux en prenant pour exemple les relations utiles que l'on tissait dans Facebook et MySpace entre autres innombrables plateformes. Pour cette étudiante, les relations comme les rencontres étaient utiles et elle défendait l'idée qu'il était normal d'envisager les rapports à l'autre avec intérêt. Une dizaine d'années nous séparent et je m'interroge sur l'effet Facebook. Facebook comme symptôme. Facebook comme modèle de notre rapport à l'autre.
Tout mon travail repose sur la rencontre, sans but et à toute fin inutile. Mon seul intérêt est de créer un espace commun, l'espace de la rencontre, indéterminé par définition. La rencontre ne s'imagine qu'à deux et même si les dispositifs et scenarii qui la suscitent ont à un moment donné Internet comme champ d'action, un face à face physique intervient toujours, soit comme préalable soit comme finalité de la rencontre.

*David Sanson

Illustration : Dessin de Ronan Riou - Série Facebook frisk - http://bassedefinitionquimper.blogspot.com/

mardi 14 avril 2009

vacances





dimanche 5 avril 2009

basse définition - pratiques de terrain



Nous sommes un petit groupe aux Beaux-Arts de Quimper, étudiants et enseignante, à questionner nos pratiques autour de la ligne de recherche "Basse Définition" qui a débuté en octobre 2008 et qui s'achèvera en juin 2010. A l'initiative de Nicolas Thély, cette proposition associe trois écoles d'art, Quimper, Valence et Grenoble, deux Universités, Paris 1 et Grenoble 2, l'Ecole nationale supérieure des télécommunications (ENST), ainsi que le centre d'art OUI à Grenoble.
"Basse définition" est une expression qui désigne la qualité des données techniques issues des modes de compression nécessaires à leur lisibilité sur Internet et les appareils numériques. JPEG, MPEG et MP3 sont ainsi les acronymes familiers des usagers qui, au-delà d'une simple compatibilité technique, pose la question des usages et de l'expérience artistique. Volatiles et nomades, ces images, textes et sons, partagés sur des supports temporaires, impliquent d'autres manières de produire, diffuser et recevoir l'expression artistique. Cette transformation des pratiques n'est pas circonscrite aux "arts numériques", mais touche plus globalement l'art actuel, de la peinture à la littérature, s'il est encore opérant de distinguer des champs artistiques distincts aujourd'hui. Ainsi, les "arts numériques" agissent à la fois en propre et hors de leur discipline en explorant sur d'autres terrains les enjeux de l'art en train de se faire. La recherche que nous menons à Quimper s'inscrit dans un processus qui se poursuit et se confirme avec "Basse définition". Un premier séminaire en avril 2008 consacré aux écritures sur Internet invitait plusieurs chercheurs et écrivains à échanger autour de pratiques liées aux réseaux sociaux comme MySpace, YouTube ou Flickr. Ce séminaire clôturait une année de réflexions sur les limites et les hybridations possibles entre l'imprimé et le numérique, observant et analysant les nouvelles formes d'écriture spécifiques engendrées par les blog, wiki et autres hypertextes. Loin d'adhérer à une vision progressiste et techniciste, notre champ d'investigation interrogeait les espaces de circulation de la pensée ouverts dans les années 1960 par le livre d'artiste et depuis plus récemment par Internet.
De quelle manière Internet prolonge et amplifie le mouvement amorcé par le livre d'artiste, et, a contrario, à quel moment ce mouvement est déjoué et bascule dans la machine communicante ? A partir des productions des étudiants et des rencontres qui accompagnent les réalisations, "Basse définition", nom générique de l'espace commun, s'oriente à Quimper vers des rapports d'inversion plaçant l'inutile, le non-productif au plus haut de l'échelle des priorités.
De même, inventer ses propres manières de faire et déterminer soi-même les conditions de production, de diffusion et de réception de ses réalisations, demeurent une constante fixée depuis les prémices de la ligne de recherche.

Basse définition - De l’incidence des nouveaux standards numériques et en ligne. Dans le cadre de l’appel à projets de recherche 2008 de la Délégation aux Arts Plastiques, projet de ligne de recherche "thème libre".
Université Paris 1-Panthéon Sorbonne
École supérieure des Beaux-arts de Cornouaille-Quimper
École régionale des Beaux-arts de Valence
École supérieure d’art de Grenoble
École nationale supérieure des télécommunications (ENST)
Université Pierre Mendes-France, Grenoble 2
AAA Oui (Centre d’art dédié à la jeune création, Grenoble)

Texte qui sera prochainement publié dans la revue Breloques, magazine des écoles supérieures d'art de Bretagne.
Illustration, POST POST PRODUCTION, 2004, Julien Prévieux.

mercredi 25 mars 2009

200 000 fantômes



J'ai vu pour la première fois quelques films de Jean-Gabriel Périot à K3, une manifestation à l'initiative de Julie Morel et Jocelyn Cottencin, tous deux enseignants à l'école d'art de Lorient.
Étrange nom que K3, bloc n°3 en fait, un monstre de béton : l’ancienne base des sous-marins. A l'intérieur, l'eau est partout et il y a les films de Jean-Gabriel Périot qui travaillent par le moyen de l'archive notre mémoire.

NIJUMAN NO BOREI (200000 fantômes) - 2007

mardi 24 mars 2009

l'art doit-il être artistique ? 1 - Dans le cadre du Collège de la Biennale de Paris



Nous sommes nombreux parmi les usagers du monde de l'art à questionner le modèle de nos écoles et à redéfinir notamment, sans pour autant en faire des définitions, le langage que nous employons.
Appliqué à une école, ce travail de la langue peut s'avérer instructif et pointe un ensemble normé qui fige la relation pédagogique : l'enseignant et l'étudiant, la théorie et la pratique, le cours, l'évaluation, etc.
Il ne s'agit pas de revendiquer l'anomie mais bien d'interroger l'institution pédagogique comme il est historiquement inscrit de redéfinir l'art.
Un des enjeux fondamentaux de l'école aujourd'hui est de s'ouvrir à la complexité de la figure de l'artiste. Qu'est-ce qu'être artiste si ce n'est, tout en étant convaincu soi-même, offrir des contours flous à la fois perméable et imperméable au monde ?
Le Collège de la Biennale de Paris, extension de la Biennale de Paris, propose des moments collégiaux qui sont autant d'expériences différentes sur la manière de partager et réfléchir l'art.

LADEA 1 - L’art doit-il être artistique ? (tr.) - Moment collégial de Ghislain Mollet-Viéville, a eu lieu ce samedi 21 mars à 17h au Centre Pompidou au sein de l’exposition Vides (une rétrospective de propositions d’artistes traitant de la tabula rasa).
Copie d'une partie du communiqué de presse : "« Vides » est une rétrospective des expositions vides depuis celle d'Yves Klein en 1958. Dans une dizaine de salles du Musée national d'art moderne, elle rassemble de manière inédite des expositions qui n'ont rigoureusement rien montré, laissant vide l'espace pour lequel elles étaient pensées. Si toutes ces expositions dont il est fait la rétrospective ont en commun d'avoir fait le choix du vide, elles se différencient par la signification qu'elles lui attribuent. D'Yves Klein à Roman Ondák, en passant par Robert Barry, Art & Language ou encore Maria Eichhorn, chacun des artistes présentés illustre, de différentes manières, souvent complémentaires, le désir de travailler le vide."
L’art doit-il être artistique ? Pour répondre à cette question, on recensera un corpus de pratiques artistiques qui se sont créées en dehors de l’art institué. On déterminera alors si ce que l’on demande à l’art peut encore se trouver dans les champs de savoir recyclés par les artistes, ou déjà naturellement au sein de notre société. Au gré de l’actualité, on s’investira dans des actions collégiales relevant d’une posture qui conduit simplement à l’accomplissement d’un art de vivre. Et dans cet état d’esprit, on abordera des situations dont l’expérience sera partagée.
Je salue l'initiative performative de Ghislain Mollet-Viéville qui, en nous conviant dans ces espaces vides, revient sur les propositions des artistes qui consistaient à "travailler le vide", au contraire de l'institution qui se contente de vider les salles et de les laisser purement et simplement vides, bien moins que les artistes qui ont réfléchi sur cette notion du vide. Les visiteurs n'y pipant rien comblent le vide en faisant toutes sortes d'exercices physiques après une sage déambulation parmi les œuvres, quoi faire d'autre ?

dimanche 15 mars 2009

conférence-performance : Chocolat



Avec la Marseillaise comme vous ne l'avez jamais entendu, de l'harmonium, marimbula, kalimba, du pilotage d'orchestre de percussions, du French Cancan et autres documents début 20ème revisités, de l'électro, des interférences de discours et une création pour orchestre Gamelan samplé (merci à la Cité de la Musique).

Le 21 mars 20h à la Cité Nationale de l'Histoire de l'Immigration
Palais de la Porte Dorée 293, avenue Daumesnil 75012 Paris (M° Porte Dorée)
(entrée libre sur réservation en envoyant un email à : spectacle@histoire-immigration.fr)
et du 25 au 28 mars à 20h30 à Quai des Voix : 107 rue Molière 94200 Ivry sur Seine / http://www.quaidesvoix.org / tél.01 46 70 29 25

ÊTES-VOUS CHOCOLAT ?
« Être chocolat, signifie être berné. Être privé d’une chose sur laquelle on comptait »
(dictionnaire Robert).
Cette expression nous vient du cirque. Elle s’est imposée à la fin du XIXe siècle grâce au fameux duo Foottit et Chocolat. Peint par Toulouse-Lautrec, filmé par les frères Lumières, célébré par Jean Cocteau, le duo qui a inspiré Samuel Beckett est aujourd’hui tombé dans l’oubli.
Né à Cuba en 1864, Chocolat est devenu le premier Auguste noir du cirque français pour fuir l’esclavage. Son duo avec le clown blanc met en scène la domination raciale au moment même où la République se lance dans l’aventure coloniale. C’est l’humiliation de Chocolat qui provoquait le rire du public français et c’est sans doute la raison pour laquelle nous avons oublié le seul clown noir de notre cirque national.
Ce spectacle est le fruit d’un travail collectif entre des artistes et un historien. Dans cette forme originale de théâtre-performance, l’historien rencontre Chocolat sur la scène, l’histoire se confronte à la mémoire, et la réalité à la fiction. La mise en espace, l’univers sonore et visuel construit à partir d’archives diverses, viennent à l’appui d’une démarche qui conjugue connaissance et poésie. Le spectacle est servi par le talent du metteur en scène et du scénographe venus de l’univers du cirque (Académie Fratellini).
Avec :
Gérard Noiriel : le conférencier
Alain Aithnard : Chocolat
Sacha Gattino : musicien
M’hamed Kaki : le débatteur

Mise en scène : Jean-Yves Penafiel
Texte : Gérard Noiriel
Recherche et créations sonores : Sacha Gattino
Scénographie et lumière : Laurent Gachet
Vidéo : Nicolas Boucher
Costumes : Marie-Laure Rocher
Régie : Fabrice Lett
Direction de production : Martine Derrier

Gérard Noiriel /
Historien, directeur d’études à l’École des Hautes Etudes en Sciences Sociales, il a publié de nombreux ouvrages portant notamment sur l’histoire de l’immigration, du racisme et des intellectuels.
Alain Aithnard /
Il a travaillé avec de nombreux metteurs en scène : Joël Jouhanneau, Jacques Nichet, Jean-Paul Wenzel, Maurice Yendt, Gabriel Garran, Tilly, Richard Demarcy, Farid Paya, Antoine Bourseiller…
Sacha Gattino /
Compositeur et designer sonore, il crée des univers sonores pour la mode, le spectacle vivant, l’art contemporain, le numérique, l’audiovisuel et l’environnement urbain (Issey Miyake, Arte, Valère Novarina…).

lundi 2 mars 2009

des choses et des êtres exposés

L'exposition bavarde, et dont on parle, du moment est sans nul doute This situation de l'artiste Tino Sehgal à la galerie Marian Goodman.
Le travail de cet artiste se caractérise par des "situations" dans lesquelles des individus jouent un scénario déterminé par l'artiste en fonction d'un contexte précis en interaction avec l'environnement direct, le plus souvent des espaces dévolus à l'art comme la galerie.
Les situations sont activées en permanence et durent le temps de l'exposition de telle sorte qu'il était aisé d'aller et venir dans This situation, celle que j'ai vu, et de prendre le flux de la conversation en cours.
Sehgal décrit son travail comme des « situations construites », dont les matériaux sont la voix humaine, le langage, le mouvement et l'interaction, sans production d'objet concret.
Devant cette conversation, sans y prendre part moi-même, j'écoute plus ou moins ces personnes qui, tout en exécutant une infime chorégraphie des corps, échangent leurs points de vue sur des sujets philosophiques, politiques, sociaux etc. Ils sont là sans vraiment nous ignorer, nous les visiteurs qui sommes assez nombreux et accueillis par un "Welcome to this situation !" unanime.
Je suis restée 30 mn et personne n'est intervenu dans la conversation exposée.
Du matériau humain, de l'être davantage que des objets. La revue art 21 consacre d'ailleurs son dernier numéro à un dossier identifiant les "nouvelles" initiatives de la performance.
Parmi les formes récurrentes ces dernières années, la conférence tient une place de choix. Elle est intéressante à juste titre car, sous des aspects a priori rigides, elle recèle une forme bâtarde rêvée permettant des points de rencontres à des disciplines telles que la littérature, le théâtre, les arts plastiques, la danse, la théorie, elle-même travaillée par la conférence etc. La conférence donc, genre identifié avec lequel il va falloir désormais compter.
Pour en revenir à l'exposition proposée par Tino Sehgal, je suis frappée par le caractère lisse de l'expérience. Je n'ai rien retenu de leur échange et ces personnes me sont apparues comme des objets. Jean-Claude Moineau parle de "Nouveaux zoos humains" dans son texte (en version allégée) publié dans la revue art 21 précédemment citée.
Les zoos humains, époque coloniale où l'on exposait des gens dans les foires et autres scènes monstrueuses. Dans un autre registre, Loft Story et les plateaux de TV reality alimentent aussi le besoin en images exotiques, en images qui remplissent le vide. Ou bien, les images de webcam diffusées presque en temps réel, à la seule différence qu'elles n'ont pas de prétention artistique ou spectaculaire et que c'est bien l'auteur qui s'exhibe.
Rupture pointée avec la performance historique, Tino Sehgal est absent. Il délègue.
Dans cette exposition des corps, je me souviens d'une expérience menée par La Ribot, Tino Sehgal travaille aussi le champ chorégraphique dans ses expositions, où pendant 3 heures, entièrement nue, la chorégraphe a exécuté une série de performances au milieu du public se déplaçant avec elle dans l'espace. Comme pour Tino Sehgal, chaque performance appartient à une collection et est réactivée selon l'occasion. Mais c'est son propre corps qu'elle met en jeu.
Avec This situation, il n'y a rien qui nous attache à ces corps, ni leur présence, ni leur parole, rien.
Le texte "Les nouveaux zoos humains" de Jean-Claude Moineau (version intégrale en ligne).

dimanche 22 février 2009

Amour Love vouloir Rencontre Service !



Le site amourlove m'a appelé pour me proposer d'acheter Rencontre Service.
Offre que j'ai déclinée en répondant au monsieur un peu insistant qu'il s'agissait de rencontres artistiques. Ce qui est absolument faux. L'art est dans ce cas un repoussoir très efficace. La communication s'est arrêtée aussitôt.

vendredi 20 février 2009

la possibilité d'un livre : La défaite - notes pour une encyclopédie de Mathieu Potte-Bonneville en post-scriptum d'Amorces



Amorces est un livre de Mathieu Potte-Bonneville, philosophe, paru aux éditions Les Prairies ordinaires en 2006.
Il réunit des textes et des images "[...] qui laissent l'intime et le politique s'entrecroiser, en donnant sa part au silence."

Le dernier des textes, comme à la fin d'une promenade, Mathieu Potte-Bonneville esquisse la possibilité d'un livre qui serait dans sa forme "comme une encyclopédie des défaites passées et présentes". La défaite pour terminer un livre et en ouvrir un autre.
Un livre donc qui aurait pour ambition d'organiser les défaites plutôt que les victoires.
Une défaite :
Comment Artaud reste effaré des encouragements de Jacques Rivière : "Allez-y, encore un effort, vous arriverez à écrire de bons poèmes."

mardi 10 février 2009

labyrinthe ouvert 1 dans le cadre du Collège de la Biennale de Paris



Labyrinthe ouvert 1 aura lieu ce jeudi 12 février à 19 h au premier étage du Café le Belvil, qui se trouve à l'angle de la rue de Belleville et la rue des Fêtes (Métro Place des Fêtes, ou Jourdain), en la présence de Mathieu Potte-Bonneville, autour de ses recherches sur l'histoire, le potentiel politique, l'ambivalence aussi du concept d'usages et d'usagers.

Labyrinthe ouvert nomme à sa façon la condition paradoxale d'un art perdu dans un champ ouvert, où l'absence même de repères empêche la pleine reconnaissance de la perte. Il part d'un double constat : qu'il y a, d'une part, un changement de paradigme en cours dans le champ de l'art mais que, d'autre part, le discours critique hérité du XXe siècle est mal outillé pour penser et décrire avec précision ces pratiques artistiques et para-artistiques en rupture avec des conventions en vigueur. Il est conçu comme un lieu de proposition d'une terminologie critique mieux à même de fournir des repères pour penser l'art qui se fait. Pour chaque séance, un penseur est invité à venir présenter ses recherches sur un terme susceptible de renouveler utilement notre vocabulaire conceptuel. La présentation a lieu en direct et sur skype, en français ou en anglais.
Labyrinthe ouvert est ouvert à tous sans inscription.

Quelques liens :

- Wikipedia Mathieu Potte-Bonneville
- Séminaire au Collège de philosophie
- Vacarme
- Collège de la Biennale de Paris (site en cours de réflexion)

vendredi 30 janvier 2009

ciné-concert de Sébastien Roux et Vincent Epplay - Nanook of the North de Robert Flaherty



J'ai assisté hier soir à la Fondation Cartier à Paris au ciné-concert de Sébastien Roux et Vincent Epplay. Nanook of the North, premier film documentaire de Robert Flaherty de 1922, relate la vie à la fois rude et joyeuse d'une famille d'inuits dans le grand nord.
Je suis très sensible aux dispositifs du type ciné-concert car la contrainte pour les compositeurs est forte (et donc stimulante !) et parce que je m'attends toujours à un rapport renouvelé du genre surtout dans un lieu lié à la création et à l'occasion d'une soirée portée par deux artistes inventifs. Ce n'est pas la première fois que l'on joue Nanook of the North, la cinémathèque a programmé ce film à maintes reprises.
Tout d'abord, placée tout au fond à droite, je ne vois que les 3/4 de l'écran. Le film est un DVD. Les musiciens sont en retraits, au fond, face à l'écran. Voilà pour les conditions de projection.
Image vs Musique.
Ce qui est étrange au moment où je rédige ce billet, c'est le sentiment d'avoir assisté à une lutte entre l'image et le son, comme si, bien loin de se fondre dans l'image, le son avait tenté de résister au pouvoir dramatique du récit. On le sait, Robert Flaherty a chargé son document d'une trame fictionnelle, plusieurs plans sont mis en scène avec la complicité des inuits. Le son redoublait cet effet en appuyant les nœuds dramatiques et les scènes d'actions tout en jouant sur le décalage : "je joue le jeu tout en prenant un autre chemin". En l'occurrence, l'humour. L'idée était intéressante car le film est une lutte pour la vie dans un environnement austère. Cette famille semble heureuse malgré la menace dans le titre même du film : Nanook l'esquimau. Titre colonialiste.
Cependant, la force du film me rend sourde ou me fait entendre d'autres sonorités davantage minimales, monochromes et pour le coup fondues dans l'image.

dimanche 25 janvier 2009

Tetsuo



Un homme se transforme progressivement en machine. Sa chair fusionne avec le métal et la métamorphose se réalise dans la douleur. Tsukamoto est très influencé par Videodrome de Cronenberg mais aussi par le courant cyberpunk : un hybride de William Gibson et du mouvement punk des années 70.
Sur le plan esthétique, le montage est très rapide, oppressant. Le noir et blanc nous plonge dans une ambiance hallucinée et irréelle, la ville de Tokyo se déploie par ses sous-terrains, fis électriques et déchets métalliques que l'iron man absorbe.
Un grand film de l'histoire du cinéma.

Tetsuo, the iron man - Shinya Tsukamoto - 1988

vendredi 16 janvier 2009

L'heure des bilans (2)


Mathilde Giraudeau (2ème année)


Étudiants en 2ème année - Je n'ai pas tous les noms, qu'ils se déclarent s'ils le souhaitent.

Deuxième épopée bilanesque sur ce blog et à cette occasion la création de la catégorie "enseignement".
Pour cette aventure, plusieurs travaux ont retenu mon attention dont deux tout particulièrement.
Le premier est ce kleenex gravé "appeler Romain 06 72 10 87 80". En le dépliant, le mot "oublier" se substitue à "appeler" et forme une nouvelle phrase. D'autres prénoms, Roméo, Brice, plus effacés, apparaissent lorsqu'on déplie totalement le mouchoir.
Le second est le fanzine Influence repéré la première fois dans les couloirs de l'école parce qu'il était affiché comme un fait divers :
Une bibliothèque chamboulée !
Vandalisme ou obsession d'un déséquilibré ?
Empruntant le style journalistique d'un canard local, Influence relatait néanmoins un fait artistique :
Le mardi 14 octobre 2008, Madame Carpentier, Bibliothécaire à la médiathèque du bois Cléry, à Lille, à fait une curieuse découverte. Selon elle, quelqu'un dont l'identité reste à ce jour inconnue, aurait réorganisé le rangement des livres du rayon psychologie. En effet, l'inconnu aurait changé le traditionnel ordre alphabétique, en un classement par ordre de taille. Aucune autre dégradation ni aucun vol n'a été déclaré.
Il y a douze ans une action dans une bibliothèque : Bibliothèque Valeyre - Paris - avril 1997

samedi 10 janvier 2009

michel le pêcheur et charles le poête : ma sélection basse définition du jour



basse définition : définition de bas étage et complètement incohérente.

Du 7 au 9 janvier, les étudiants et enseignants de la ligne de recherche "basse définition" se sont rencontrés pour la première fois dans les locaux de l'Université Paris 1.
Tous ont présenté leurs travaux en cours, leurs interrogations et doutes en lien avec les questions soulevées par la notion de "basse définition".
A Quimper, quatre étudiants sont impliqués dans ce que j'ai appelé Pratiques de terrain (Ou bien est-ce Nicolas qui a trouvé ce titre très à propos ?). Ce qui nous importe, c'est d'inventer nos propres manières de faire. A commencer par la manière d'enseigner. Nous nous donnons rendez-vous tous les quinze jours autour d'un sujet, d'une problématique commune, décidés ensemble la séance précédente. Chaque participant alimente la séance avec ses recherches propres en fonction de ses centres d'intérêt. Le débat qui en résulte permet de dégager un autre sujet collectif. Un blog existe comme carnet de recherches.
Emmanuel Hermange a souligné le caractère vernaculaire et véhiculaire des pratiques amateures qui se jouent sur Internet. Inventées et bricolées, ces pratiques quittent néanmoins le cercle privé pour circuler sur Internet en empruntant les plateformes de réseaux dits sociaux.
Cette réflexion rencontre nos "pratiques de terrain" à Quimper et la notion d'usage développée dans un billet que j'ai publié en février 2008 sur ce blog au sujet de l'identité numérique. J'y mentionnais notamment les travaux du sociologue Dominique Cardon et le "braconnage" que le lecteur fait au texte de l'auteur selon L'invention du quotidien de Michel de Certeau.
Inventer ses propres critères de visibilité, ou d'invisibilité, requestionner les lieux communs de l'art, refuser de "faire les petites mains" selon l'expression de Nicolas Thély reprise d'Isabelle Stengers, sont autant de pistes que nous souhaitons explorer durant la ligne de recherche et au-delà.

Vidéo : Performance de Charles Pennequin - 7'49''. Cela vaut vraiment le coup de regarder la vidéo dans son intégralité.