
Ce séminaire réunit deux écoles supérieures d'art de Bretagne liées par des interrogations communes sur le médium Internet.
Nicolas Barrié, prof de vidéo à Lorient, s'intéresse au documentaire social et politique. Les outils numériques ont transformé les manières de produire et de diffuser les films. Dans la lignée du film engagé porté par des auteurs ou des mouvements comme Jean Rouch, Fred Wiseman, Chris Marker, Le groupe Medvekine, The free cinéma, René Vautier, News Reel, Robert Flaherty, Larry Clark, Chris Marker, Alexander Sokourov, Chantal Akerman, Jean Daniel Pollet, ou encore, Marina Abramovic, Philip Alays et Abderrahmane Sissako (entre autres !), Internet apparaît aujourd'hui comme une caisse de résonance de la société civile. Chacun s'empare d'une caméra, d'un appareil photo ou d'un téléphone pour capter des images et les diffuser sur Internet. En outre, le web et les services tels que Youtube ou Dailymotion sont devenus des espaces de diffusion très prisés des artistes pour montrer leurs productions.
Cette année à Quimper, Christine Lapostolle, prof de culture générale, Aurélie Pagès, prof d'édition/impression, et moi-même, prof d'arts numériques, avons exploré les limites et les hybridations possibles entre l’imprimé et le numérique, le livre et Internet. Nous sommes parties du constat que l’imprimé et le numérique ont tous deux ouvert des espaces de circulation de la pensée échappant aux circuits balisés de l’art. A partir de 1960, le livre d’artiste a délaissé la forme précieuse du beau livre et a remis en cause le caractère unique de l’objet d’art. De cette double rupture formelle et idéologique sont nées des éditions privilégiant la diffusion de masse.
Aujourd'hui, Internet multiplie davantage encore les canaux de circulation de la pensée et permet des expérimentations éditoriales mouvantes et glissantes affirmant le mouvement engagé par l’imprimé.
Ce séminaire est l'occasion de partager nos travaux et d'inviter des chercheurs et des artistes sur ces mêmes questions.
André Gunthert, Nicolas Thély, Alain Giffard, Patrick Cahuzac et Emmanuel Adely viendront les lundi 28 et mardi 29 avril à l'école supérieure d'art de Lorient pour en débattre avec les étudiants.
Le lundi 28 avril :
Nicolas Thély
Critique d’art, Nicolas Thély est maître de conférences à l’UFR d’Arts Plastiques et de Sciences de l’Art de l’Université Paris 1. Il a écrit dans Le Monde, Les Inrockuptibles, Le Journal des Arts, Beaux-Arts Magazine, Contemporary Art et Aden. Ses thèmes de recherches portent sur l’esthétique, le numérique et l’art contemporain. Il a publié
Vu à la webcam (essai sur la web-intimité) aux Presses du réel (2002),
Corps, art vidéo et numérique aux éditions du Scéren-Cndp (2005) et
Manuel d’esthétique (2005) avec Christophe Beauregard et Vladimir Mitz aux éditions Filigranes.
Depuis 2006, Nicolas Thély a engagé une réflexion autour de la « basse définition » entendue comme régime de perception. Cela a donné lieu à une exposition (Basse def – Centre d’art Oui à Grenoble, 2007) et à la publication de deux essais :
Basse def, partage de données, avec Stéphane Sauzedde (Les Presses du Réel, Dijon, 2007) et
Mes favoris (éditions Mix, Paris, 2008).
http://nicolasthely.blogspot.com/
André Gunthert
André Gunthert est chercheur et maître de conférences à l’EHESS, où il a créé le Laboratoire d’histoire visuelle contemporaine (Lhivic). Editeur multimédia, il a fondé la revue
Etudes photographiques ainsi que plusieurs publications électroniques.
Il est diplômé en lettres classiques et modernes, histoire et histoire de l’art des universités Marc-Bloch (Strasbourg II), la Sorbonne-Nouvelle (Paris III), Georg-August (Göttingen) et de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), où il effectue son doctorat sous la direction de †Louis Marin puis de Hubert Damisch.
De 1989 à 2001, il enseigne l’histoire de la photographie aux universités de Paris VIII, Paris III, à l’Ecole nationale de la photographie d’Arles et à l’université de Mannheim. Elu en 2001 à l’EHESS, il y créé le Laboratoire d’histoire visuelle contemporaine (Lhivic).
Associé au sauvetage et au redressement de la plus ancienne association de photographes, la Société française de photographie, il y occupe les fonctions de secrétaire général (1993-2005), en relance le Bulletin dès 1994 puis fonde en 1996 la revue
Etudes photographiques. Auteur de nombreux articles et ouvrages consacrés à l’histoire des pratiques de l’image, il a notamment codirigé
L’Art de la photographie aux éditions Citadelles-Mazenod (2007).
Il ouvre en 2003 la liste de discussion spécialisée
Photohist, puis en 2005 le premier blog scientifique consacré aux études visuelles,
Actualités de la recherche en histoire visuelle. Il poursuit actuellement ses recherches sur les nouveaux usages de l’image numérique.
http://www.arhv.lhivic.org/
Images sans paroles: les nouvelles œuvres du web
Le mardi 29 avril :
Alain Giffard
Administrateur civil hors classe, Alain Giffard est chargé de mission au ministère de l’Education Nationale. Il est par ailleurs Président de l’association Alphabetville, membre du comité directeur d’Ars Industrialis et collaborateur du Centre international de Poésie de Marseille. Ses recherches portent particulièrement sur la lecture numérique, la bibliothèque virtuelle et plus généralement les pratiques culturelles dans l’environnement numérique. Il vient de remettre une étude au ministère de la Culture et de la Communication : « LIRE . Les pratiques culturelles du numérique ». Il a publié une vingtaine d’articles ou de contributions sur ces sujets, dont la plupart sont repris sur le blog :
http://alaingiffard.blogs.com
Auparavant, Alain Giffard a présidé la Mission interministérielle pour l’accès public à l’Internet (MAPI, 2001-2004). A ce titre il a mis en place les « espaces publics numériques ». Il a été conseiller technique (1997-2000) de la ministre de la Culture et de la Communication, pour les technologies et la société de l’information (programmes de numérisation culturelle, espaces culture multimédia, régulation de l’internet), et l’un des rédacteurs du Programme gouvernemental pour la société de l’information (PAGSI). Directeur adjoint de l’Institut Mémoires de l’édition contemporaine (1994-1997), il y a préparé un important programme de délocalisation (Abbaye d’Ardennes à Caen), en même temps qu’il y organisait un séminaire du CNRS sur « hypertexte et littérature ». De 90 à 94, Alain Giffard a été directeur informatique, puis adjoint au Délégué scientifique de la Bibliothèque de France. Il y a conduit les opérations de conception informatique (21 prototypes, dont le poste de lecture assisté par ordinateur) et de numérisation (Gallica).
http://alaingiffard.blogs.com
Patrick Cahuzac - Inventaire/Invention
Fondée en 1999, sous l’impulsion du romancier Patrick Cahuzac, la revue littéraire Inventaire/Invention présente des textes de journalistes et écrivains soucieux de la réalité économique et sociale. En effet, c’est avec les grèves de 1995, puis les manifestations des sans-papiers, que l’équipe a ressenti l’urgence d’écrire autrement sur le réel. Le titre Inventaire/invention fait référence aux deux grandes parties du site : la première est consacrée aux textes centrés sur la société, la seconde sur la fiction. Depuis la création de ce magazine en ligne, de nombreux auteurs ont apporté leur collaboration. C’est assez naturellement que l’on trouve, parmi les auteurs séduits, Jean Rolin, Patrick Bouvet, Jean-Claude Pirotte, François Bon, Emmanuel Adely ou Philippe Adam.
Inventaire/Invention
Emmanuel Adely
Emmanuel Adely est un auteur remarqué pour ses romans (Les Cintres, Agar-Agar, Jeanne, Jeanne, Jeanne, Fanfare), tous publiés dans d'importantes maisons d'édition. Ces romans, de longs monologues au style vif mais classique, ont fait sa réputation... Mais avec Edition limitée et J'achète quelque chose de neuf fait irruption dans cette œuvre. L'oralité prend le pas sur la narration, le réel sur l'imaginaire. Cette rupture, prévisible peut-être à certains égards, est passionnante à plusieurs titres : passionnante en ce qu'elle révèle la vitalité même de l'auteur, toujours en quête de sa propre vérité, passionnante par l'invention formelle qui l'accompagne, passionnante aussi en ceci qu'elle montre à quel point un auteur est aujourd'hui prisonnier des politiques marketing des grands groupes d'édition et Emmanuel Adely semble montrer ici quelque chose comme le chemin à suivre.
Texte :
http://www.inventaire-invention.com/librairie/adely.htm
Illustration : episodic.6 - "je ne suis pas un numéro", automne 2001. Editions
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