Blog de Karine Lebrun

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mardi 22 juillet 2008

des jardins en partage








L'édition 2008 du Festival international des jardins a pour thème cette année "des jardins en partage". Tous les ans, ce festival réunit dans le domaine de Chaumont-sur-Loire des paysagistes, architectes, jardiniers et artistes autour d'un concours qui sélectionne une trentaine de propositions paysagères. Chaque jardin est planté dans une parcelle de 30m2 environ et se visite comme si l'on entrait dans un petit monde clos.
En 1994, le festival a notamment présenté le mur végétal de Patrick Blanc que l'on peut encore voir dans la partie "jardin expérimental". Dans le parc attenant, surplombant la Loire, des flûtes et des lucioles d'Erik Samakh sont discrètement accrochées aux arbres. Le soleil et les nuages déclenchent des symphonies délicates grâce aux panneaux solaires captant les variations de luminosité.
Débordant du festival, des installations, expositions, concerts, cinéma, .etc, s'organisent dans le domaine du château de la Belle au Bois Dormant pur cru. Le lieu est idyllique. Cependant, le festival seul semble perdre chaque année un peu de son exigence du début. J'ai trouvé par exemple les jardins trop illustratifs et symboliques alors que j'ai souvenir de précédentes versions beaucoup plus complexes faisant intervenir des artistes plasticiens, des cinéastes, des stylistes. Les équipes cette année sont un peu mono-jardinières et sont moins inventives dans la conception de l'espace et les trouvailles artistiques.

Mes deux jardins préférés illustrant ce billet :

le jardin poubelle uniquement réalisé avec les rebuts des autres jardins du festival / Michel Péna, paysagiste invité. Co-fondateur avec Christine Péna de l’agence Péna et Péna à Paris, Michel Péna est un paysagiste emblématique de sa génération, qui travaille sur le territoire urbain. Parmi ses réalisations, on dénombre : le jardin Atlantique à Paris, le parc Jean Moulin à Bagnolet-Montreuil, le parc Cino del Duca à Maisons-Alfort, le quartier des Rocailles à Biarritz. L’agence Péna et Péna a développé, avec l’OPHLM de Paris, une approche végétale sensible de la restructuration urbaine. /
Soucieux des préoccupations environnementales dont chacun devrait avoir conscience, Michel Péna réalisera à Chaumont-sur-Loire un jardin à partir de la récupération de tous les déchets des autres jardins du festival 2008, qui seront broyés, concassés, compactés pour réaliser un jardin de base évoluant tout au long du festival.

le jardin bien partagé offrant des sonorités électroniques cristallines mélangées au goutte-à-goutte naturel / ATELIER KABA - TEAM ZOO : Hiroshi NARUSE, paysagiste assisté de Luc ESTIVANT, Alidad PIRNAZAR, Nathanaël RIVE, Patrick GEFRIAUD, Anne-Marie CASELLES et Olivier COUPILLE, musicien, France & Japon /
Autour de l’idée de partage des eaux, ce projet qui déborde de la parcelle, présente le cycle de l’eau, de son milieu naturel (pluie, ruissellement...) à sa domestication par l’homme pour divers usages. Capteurs solaires, sol de paille et argile, bassins et matériaux de récupération constituent les autres points forts de ce jardin, reflet de préoccupations contemporaines de traitement de l’eau et de l’énergie.

vendredi 4 janvier 2008

temporary services


Almanach, le tour récent blog de Christine Lapostolle, signale dans son billet du jour le travail dans l'espace public que mène Temporary Services à travers leur collecte de phenomena. Depuis 1998, ces artistes de Chicago archivent les phénomènes publics créés intentionnellement ou non. Ces interventions révèlent d'autres usages de la ville et me font penser aux actions-peu de Boris Achour. Cet autre artiste a réalisé en 1993 toute une série d'interventions en milieu urbain avec des matériaux sans qualités (cf. Seconde illustration) comme des planches de bois, des détritus, une baguette de pain, trouvés sur place ou apportés et disposés de façon plus ou moins discrète afin d'interpeller le passant, sans pour autant l'inciter à voir, aucune indication ne prévenant de la présence de l'œuvre et du fait qu'il y ait œuvre. Ces actions-peu, ignorées ou intriguant le passant, étaient anonymes, déplacées et spontanées. Avec ce travail, Boris Achour avait l'intention de faire œuvre sans montrer cette intention, il installait ses environnements artistiques sans pour autant les indexer en tant que tels.
Les archives de phenomena sont disponibles sur Flickr ou en PDF ici.

Illustration 1 : phenomena répertorié par Temporary Services.
Illustration 2 : action-peu de Boris Achour.

samedi 29 décembre 2007

Traversée du 104



Beaucoup de monde hier au 104, le nouvel établissement artistique de la ville de Paris. Ce lieu encore en chantier se construit dans le XIXème arrondissement, près de chez moi, pas loin du métro Stalingrad. A la frontière du XVIIIème, ce quartier abrite une importante communauté asiatique et beaucoup de foyers africains. Le long du jardin d'Eole, un jardin récemment ouvert, la rue d'Aubervilliers aligne des bâtiments mal au point, des immeubles aux fenêtres murés, des cafés fréquentés par les hommes... Peu de mixité dans ce quartier, pas de shopping, pas de touristes, pas le charme de Barbès, pas grand chose. Il était temps que la ville se préoccupe de ses murs et des gens qui y vivent et c'est plutôt bien parti. En effet, à chaque visite dans le quartier, je constate que les immeubles décrépis sont peu à peu remplacés par des logements HLM et des ateliers d'artistes. Le nouveau jardin d'Eole a accueilli cet été le festival Sous la Plage habituellement campé au Parc André Citroën. Enfin, sans pour autant être une finalité, l'implantation du 104 dans le quartier participe à la volonté de mélanger les populations autour de projets culturels et artistiques.
Le 104, un Palais de Tokyo des pauvres ?
Contrairement au Palais de Tokyo, le 104 rue d'Aubervilliers s'inscrit dans un quartier populaire et doit composer avec les habitants et les associations locales. Le projet est ambitieux mais risqué et peut rapidement basculer vers une réalité à double face avec d'un côté les artistes et son public d'initiés et de l'autre les associations et les habitants du quartier sans qu'il n'y ait de véritable partage d'expérience. Les deux co-directeurs du lieu, Robert Cantarella et Frédéric Fisbach, n'énoncent d'ailleurs pas comment la rencontre entre ces deux mondes va avoir lieu. Pour l'instant, la médiatrice qui nous a accompagné dans la Traversée du 104 a évoqué un espace réservé pour les associations, un restaurant et peut-être une boutique de sport parce qu'un gamin du quartier aimait le foot ! C'est là qu'on touche le pire et que le projet sombre dans le piège du populisme... Autre lacune, la plupart des artistes en résidence ne travaillent qu'autour du quartier ou du lieu devenant pour le coup un alibi artistique. Certaines propositions préfigurées sur Internet sont prometteuses et s'ouvrent sur des perspectives moins locales strictosensu. D'autres semblent bloquées au périmètre direct du 104 et demeurent anecdotiques. Est-ce une contrainte que les futurs résidents devront systématiquement inclure dans leurs projets artistiques au risque de tourner en rond ? Outre l'aspect social, la transdisciplinarité est clairement revendiquée, je dirais que cela va de soi car tous les lieux et projets artistiques actuels défendent ce discours. L'originalité tient plus dans la volonté d'ouvrir les ateliers une fois par semaine au public pour mettre en avant le processus du travail artistique et non l'œuvre finie.
Le 104 est un lieu artistique de plus mais esquisse un projet ambitieux ancré dans une dynamique quotidienne et locale. La Traversée était aussi un événement promotionnel et politique en vue des élections du mois de mars. La ville a en effet engagé beaucoup d'argent dans les travaux de réhabilitation du lieu à la fois immense et splendide. A suivre.

Illustration 1 : deux des photos de la palissade investie par Alain Bernardini rue Curial.
Illustration 2 : Marie dans une cabine d'écoute de Vincent Epplay.
Illustration 3 : une vue à l'intérieur du 104 sous la nef principale. Le plan d'eau au premier plan sera remplacé par des jardins paysagers.

vendredi 28 décembre 2007

Le Parc de la Villette de Bernard Tschumi

Je ne me lasse pas de me promener au Parc de la Villette. C'est à Paris le jardin que je préfère. Il offre sur le plan architectural de multiples parcours : il se traverse par ses grands axes tracés par une vague du nord au sud ou par le fil de l'eau suivant le canal de l'Ourcq d'est en ouest. Des passerelles permettent des promenades au-dessus du jardin ou plongent vers les jardins thématiques du parc. Chacun de ces jardins thématiques dessine un autre itinéraire, révèle une autre histoire : il y a le jardin de bambous, le jardin des frayeurs enfantines, le jardin de la treille, le jardin des équilibres, le jardin des îles, le jardin des miroirs, le jardin des dunes, le jardin des voltiges, le jardin du dragon... A la surface, les grands axes et les jardins thématiques sont reliés par des chemins de traverse, des raccourcis, des impasses, des contretemps... Ça circule. Comme cette Folie dont l'escalier mène vers le ciel et dévoile une autre perspective. Tschumi a collé au site une trame dont chaque nœud est une Folie rouge du même style dont l'architecture varie cependant à chaque fois. Ce réseau de Folies a la fonction d'unifier le jardin et ajoute une lecture supplémentaire à la structure du paysage. Le parcours des allées nord/sud-est/ouest, les jardins et espaces verts, les Folies enfin, sont trois couches superposées sur un même terrain, trois logiques propres pour arpenter le même espace dont la rencontre produit un jardin complexe et inattendu.
Illustration : une vue au-dessus du jardin de bambous.